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Joel Sartore, ambassadeur Nikon, dévoile les coulisses de son projet « Photo Ark »

Glossaire

À l’instar de Noé, l’ambassadeur Nikon Joel Sartore a embarqué pour une incroyable aventure à bord de sa propre arche.

Le projet, appelé « Photo Ark » (Arche photographique), a été créé en 2006 et vise à prendre en photo tous les animaux vivants en captivité dans le monde. L’objectif est de sensibiliser le public aux menaces auxquelles ces espèces sont confrontées ainsi qu’aux avantages directs de leur survie.

« Notre propre survie dépend de la survie des espèces. Toutes les espèces sont cruciales à notre propre survie; nous avons besoin des abeilles, et même des mouches pour polliniser les fruits et les légumes que nous consommons, » dit-il.

Sartore, qui vit à Lincoln, dans le Nebraska, estime que la moitié des espèces qu’il photographie sera éteinte d’ici la fin du siècle, si ce n’est avant.

À moins, selon lui, que « le public ne mesure pleinement les risques d’une telle extinction de masse pour l’humanité. »

« C’est de la folie de penser que l’on peut détruire une espèce et son écosystème l’une après l’autre sans que cela affecte l’humanité, » explique-t-il.

Photographe primé, conférencier, auteur, défenseur de l’environnement, membre de National Geographic et fidèle contributeur au magazine National Geographic, Sartore a eu l’idée de créer l’Arche photographique lorsque sa femme a appris qu’elle était atteinte d’une maladie grave.

Il a alors réalisé que le temps était compté pour tous les êtres vivants.

« Si je voulais apporter une réelle contribution à la préservation des espèces et à leurs habitats, il était temps de m’activer, » explique-t-il.

C’est ainsi qu’il a décidé, une fois sa femme rétablie, de mettre un terme à 16 ans de services pour le magazine National Geographic en tant que photographe sur le terrain afin de se consacrer pleinement à son projet « Photo Ark ».

Il ajoute : « Je me consacre actuellement entièrement à l’Arche photographique; étant donné qu’il s’agit d’un projet National Geographic, les lecteurs du magazine peuvent en suivre régulièrement l’avancée. »

Au cours de l’année écoulée, ses travaux ont fait découvrir les animaux en péril et leurs habitats à plus de 100 millions de personnes qui suivent les plateformes du National Geographic’. Des panneaux d’affichage ont également été installés dans chaque grande ville et une animation son et lumière sur un récit de Jane Goodall a même été projetée sur l’Empire State Building, les bâtiments des Nations Unies et du Vatican.

Il conclut ainsi : « On peut radicalement inverser la tendance, mais la première étape consiste à mettre en place une campagne de sensibilisation soutenue pour présenter ces animaux au monde entier. » « Nous ne pourrons pas les sauver si nous ne les rencontrons jamais. C’est là tout le bien-fondé de l’Arche. »

Tous à bord de l’Arche

L’Arche photographique est destinée à durer plus de 40 jours et 40 nuits.

En effet, avec 12 000 animaux sur la liste et quelque 7 885 espèces photographiées à ce jour, le projet doit encore durer 25 ans avant d’être achevé.

« Il s’agit d’un projet de longue haleine; il faudra 25 ans pour photographier tous les animaux. Pendant toute la durée du projet et pendant de nombreuses années par la suite, un effort soutenu des médias sera nécessaire pour exploiter tout le potentiel de l’Arche et sensibiliser le public aux espèces incroyables qui ont besoin de notre aide, » ajoute Sartore.

Plus particulièrement, les images fournies pour cet article offrent une bonne représentation des différentes espèces qu’il photographie, dit-il, des poissons aux oiseaux, des mammifères mignons et câlins aux rongeurs et aux serpents.

« Sur ces images, ce sont les chatons qui rencontrent le plus de succès sur les médias sociaux, bien qu’ils n’aient pas trouvé la séance photo particulièrement excitante : ils se sont endormis juste après que la photo a été prise! »

Une fois ce projet terminé, l’Arche est destinée à « perdurer » pendant des décennies, si ce n’est plus, que ce soit sur le site Web de National Geographic sous la forme d’un catalogue, dans le cadre d’une exposition d’un musée, d’une exposition itinérante ou pour n’importe quelle occasion où elle aura une influence favorable sur la protection de l’environnement.

« L’essentiel à présent est de soutenir la campagne de sensibilisation et de contribuer à un changement radical dans notre perception, en tant qu’êtres humains, de notre relation avec la nature. Nous devons commencer à saisir le fait qu’une planète saine préserve non seulement les autres espèces, mais également l’Homme. »

Un animal de chaque espèce

​​​​ « Bien entendu, photographier des animaux sauvages, même en captivité et avec la présence d’un dresseur pendant les séances, peut poser des problèmes, et ce, même pour le photographe le plus chevronné, » explique-t-il.

« Les chimpanzés sont aussi marquants qu’ils sont difficiles à prendre, car je ne travaille qu’avec des spécimens non dressés. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais, à l’exception d’un bébé, il me manque encore un bon portrait. Ils sont intelligents, rapides et forts. »

D’autres espèces posent un autre type de difficulté, comme le rhinocéros de Java et le rhinocéros de Bornéo, car ils sont très peu nombreux et difficiles d’accès.

Malgré l’ampleur du projet et l’organisation nécessaire pour préparer une séance photo, Sartore a à ce jour photographié 7 885 espèces, dont certaines qui sont en danger critique d’extinction.

« J’ai photographié le rhinocéros blanc du Nord dont il ne reste que deux femelles. La mort récente du dernier mâle, au Kenya, a fait les gros titres de la presse internationale. J’ai également photographié certaines grenouilles dont il ne reste aujourd’hui qu’un ou deux spécimens, » ajoute-t-il.

« En ce qui concerne les oiseaux, on ne dénombre plus que quelques dizaines de bruants sauterelles de Floride. Des mesures ont été prises pour tenter de sauver cette espèce grâce à la reproduction en captivité et pour essayer de comprendre la cause principale de son extinction. Or, cela résulte presque toujours de la perte de son habitat et de tous les problèmes associés lorsque des populations isolées ne peuvent plus se déplacer pour trouver de nouvelles sources de nourriture et d’autres congénères. L’isolement est la première étape vers l’extinction. »

L’animal le plus rare faisant partie de l’Arche s’appelle Toughie : c’est la dernière grenouille « Ecnomiohyla rabborum » connue, qui est malheureusement morte en 2016 – cette espèce est donc aujourd’hui éteinte.

Pour Sartore, la photo qu’il considère comme le « Graal » ultime, est celle du pic à bec ivoire.

« Bien que considéré comme éteint depuis des dizaines d’années, il aurait été aperçu dans les forêts de l’Arkansas il y a quelques années. Je m’intéresse à cet oiseau depuis ma plus tendre enfance et ce serait magnifique qu’il soit encore vivant quelque part. »

Mais en fin de compte, l’animal qu’il rêve de photographier est simplement le suivant.

« Je suis survolté avant chaque séance photo à l’idée d’agrémenter l’Arche photographique d’une nouvelle espèce, quelle que soit sa taille, sa forme ou sa couleur. Ce qui m’intéresse particulièrement, ce sont les petites créatures dont on n’aurait jamais entendu parler sans l’intermédiaire de l’Arche, comme les crapauds, les moineaux ou encore les ménés. Elles ont toutes de belles histoires à raconter et le droit fondamental d’exister, » dit-il.

La méthode du professionnel

Cela peut paraître surprenant, mais malgré le fait qu’il prenne des portraits si intimes, Sartore n’a que très peu d’attentes avant n’importe quel cliché.

« Je veux juste établir un contact visuel. Je travaille aussi rapidement que possible pour limiter le stress sur les animaux, même si la plupart sont nés et ont été élevés sous la coupe de l’homme, » explique-t-il.

En effet, beaucoup de ses séances photo durent moins de 15 minutes et il n’est pas rare de photographier certains oiseaux en une minute ou deux.

Cela n’empêche pas que chaque portrait fasse l’objet d’une planification et d’une organisation importantes en amont.

La compilation de cette liste de 12 000 espèces pour l’Arche a nécessité des recherches approfondies. Il s’agit du nombre approximatif d’espèces présentes dans les zoos, les aquariums, les réserves fauniques et chez les éleveurs privés, explique-t-il.

D’après ses estimations, il faut plusieurs jours de recherches pour chaque journée de prise de vue et il devra photographier quelques centaines, voire presque un millier d’animaux par an.

En général, il effectue des recherches dans l’inventaire d’un zoo et détermine, avec l’aide des soigneurs et du personnel, les animaux figurant sur sa liste qu’il pourra photographier.

« Ensuite, un plan est établi sur la façon la plus adaptée de déplacer l’animal dans un espace noir ou blanc. « Les insectes, les grenouilles et les petits animaux vont généralement dans ma tente de prise de vue en tissu. En ce qui concerne les animaux plus gros, il s’agit souvent d’un espace d’exposition ou d’un local que nous préparons bien avant la séance. »

La particularité des animaux de l’Arche photographique, pris sur un fond noir ou blanc, peut aussi s’avérer intéressante à de nombreux égards pour photographier les espèces aquatiques.

« Parfois, le fond va directement dans l’aquarium. Je prends la photo derrière un tissu noir pour éviter que mon reflet n’apparaisse dans la vitre. »

Il ajoute : « J’ai pu prendre des dauphins et des globicéphales directement à travers la vitre d’observation d’un aquarium public, en déclenchant mes gros éclairages Elinchrom depuis le haut. Cela a été concluant. »

Bien que les gardiens de zoo, les employés d’aquarium, les responsables de réserves fauniques et les éleveurs privés connaissent leurs animaux, Sartore a remarqué que c’était en fin de compte l’animal qui décidait de regarder dans la direction de son objectif.

Il conclut ainsi : « Cet instant peut ne durer qu’une seconde, mais, s’il le fait, nous pouvons créer une image emblématique. Je me suis dit qu’en regardant les animaux directement dans les yeux, j’aurais plus de chance d’établir un contact visuel et c’est tout à fait vrai. »

Ambassadeur itinérant

Sartore, qui utilise des appareils Nikon depuis qu’il a 19 ans, a récemment jeté son dévolu sur le Nikon D850 pour l’Arche photographique.

« Chaque reflex numérique Nikon que j’utilise s’améliore d’un modèle à l’autre. La taille des fichiers sur ces appareils permet de créer des images suffisamment grandes pour être projetées sur certains des édifices les plus célèbres au monde. C’est passionnant, » déclare-t-il.

Il ajoute : « Pour de nombreux animaux que j’ai photographiés [pour l’Arche photographique], c’est la seule fois qu’ils seront pris en photo de manière artistique, voire photographiés tout court. Il est donc crucial de faire les choses bien. Avec mon matériel Nikon, je n’ai pas à m’inquiéter de l’aspect technique des choses, de l’autofocus au capteur capable de gérer un faible éclairage. Ce sont des appareils photo robustes, protégés contre l’humidité et la poussière, qui fonctionnent encore très bien même après avoir traversé la Terre entière, » ajoute-t-il.

« Avec le D850, j’aime le fait de pouvoir changer tous les paramètres importants à l’aide des [commandes] situées à l’extérieur de l’appareil plutôt que de devoir aller dans le menu. Cela permet des prises de vue plus rapides, ce qui est primordial quand on travaille avec des animaux. J’apprécie aussi le fait que ce genre d’appareils ne tombe jamais en panne. C’est tellement important : nous avons consacré énormément de temps et d’argent dans chacune des prises de vue. »

Sartore emporte toujours avec lui quatre appareils photo Nikon lorsqu’il part à l’étranger et deux appareils sur chaque séance dédiée à l’Arche photographique.

« J’en ai besoin pour travailler dès que j’atterris et, pendant toutes ces années, ils ne m’ont jamais lâché. L’Arche photographique en dépend! »

Pour en apprendre davantage sur l’Arche photographique, consultez le site Web : www.NatGeoPhotoArk.org.

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